Monsieur le conseiller BOUDET, dans son ouvrage «
HISTOIRE DE LA BARONNIE DE CHAUDES-AIGUES » rue chez Honoré CHAMPION,
éditeur, 9, quai Voltaire à Paris (VIIe), écrit sur Gabrielle de
PELAMOURGUES ce qui suit :
«Gabrielle de PELAMOURGUE, dévorée de passions
frénétiques, apporta à son mari la ruine et le déshonneur. Pendant
vingt-cinq ans. le château du Couffour vit se renouveler à l'abri de
ses sombres murailles les sanglantes orgies de la Tour de Nesles. Le
souvenir des actes atroces de lubricités imputés à Gabrielle vit
toujours dans la contrée où la physionomie de la terrible châtelaine
se teinte maintenant de couleurs légendaires. Le paysan attardé
presse son cheval au détour des vallées où il croit voir flotter
dans la brume crépusculaire l'ombre « de la méchante dame du
Couffour ». Le Couffour abrite aujourd'hui le camping municipal de
Chaudes-Aigues et le fantôme de Gabrielle de Pélamourgues n'effraye
plus personne.
« De Jean de MONTVALLAT, Gabrielle eut deux
enfants : Catherine, mariée par contrat du 17 avril 1654, à Jacques
de PUEL du BESSET, seigneur de Villaret, en Gévaudan, et un fils,
François dont nous reparlerons.
« Toute à ses instincts de violence, elle dut
molester sans merci son gendre, dans ses biens comme dans sa
personne, car le 28e registre du Parlement de Toulouse, à la date du
6 juillet 1663, reproduit le texte d'une assignation délivrée par la
chambre criminelle, « sur la requête de Jacques de PUEL, demandeur
en excès, et le procureur général joint à lui », la citant avec son
mari à comparoir en personne à telles fins et conclusions que le
procureur général du Roy voudra, contre eux prendre et eslire, et le
demandeur aux fins civiles. »
Les accusés ne répondirent pas à cet ajournement,
et deux ans plus tard, le 30 octobre 1665, le Parlement donnant
défaut, prononçait la mainmise sur leurs biens, sauf, par eux, à
satisfaire dans la quinzaine au décret qu'ils avaient encouru
(Archives de la Haute-Garonne, Registres du Parlement). Ils ne
comparurent pas davantage, mais quelques temps après, la Cour
faisant enfin justice de tant de crimes restés impunis, rendait
contre Gabrielle de PAMOURGUE, François de MONTVALLAT son fils et
leurs complices, arrêt de mort. Le Couffour et ses dépendances
étaient confisqués. Ces biens grevés de multiples créances, avaient
été saisis en 1628 sur Georges de PELAMOURGUE à la requête du
sénéchal d'Auvergne, d'Antoine d'ALLEGRE et de François, seigneur de
MONTVALLAT. S'ils n'avaient pas été vendus à ce moment, c'est que le
chapitre de Chaudes-Aigues, aussi créancier, avait fait opposition à
la criée.
Ils furent cette fois encore mis sous la main des
officiers de la prévôté de Saint-Flour, les meubles saisis d
'autorité privée par un certain Sallerie qui arriva au Couffour avec
une escorte d'archers. C'est dans cette détresse que Jean de
MONTVALLAT qui n'avait pas été compris dans la condamnation da sa
femme, s'adressa le 2 janvier 1666 à la Cour des Grands-Jours de
Clermont pour obtenir que les revenus du domaine de Mourentès, dont
il était usufruitier légal, lui fussent restitués « pour subvenir à
nourrir et entretenir luy et ses enfants selon leur condition » la
Cour ordonna la main levée de la saisie, cette restitution toutefois
dut être partielle car en 1697, Catherine de MONTVALLAT plaidant
devant le parlement de Toulouse contre le chapitre de
Chaudes-Aigues, invoquait l'arrêt de confiscation qui distrayait le
tiers revenus au profit des enfants de la condamnée, en conséquence
de la donation que celle-ci lui avait faite au moment de son
mariage.
N'ayant plus de quoi vivre « selon sa condition »,
Jean de Montvallat pris du service dans l'armée. Il est porté dans
le Nobiliaire d'Auvergne de 1667 comme servant en personne.
Nous ignorons l'époque de sa mort, mais il est
certain qu'il décéda avant Gabrielle. Celle-ci, en dépit de l'arrêt
rendu contre elle ne fut pas exécutée. Peut-être le mémoire
justificatif qu'elle fournit postérieurement à la condamnation
l'aida-t-il à obtenir des lettres de pardon.
Les registres du Parlement de Toulouse ne
contiennent aucune trace de lettres de rémission octroyées à la dame
du Couffour, mais le mémoire justificatif fourni par elle se
trouvait il y a peu d'années dans les mains de M. ROUGIER, notaire à
Chaudes-Aigues. Il faut regretter la perte de ce volumineux document
qui nous eut instruit d'une façon plus précise sur la nature des
crimes dont Gabrielle était chargée. Les horribles détails qu 'il
contenait ont déterminé son propriétaire à la détruire, selon une
communication de Madame veuve Rougier.